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Les n° 1 à 3 seront prochainement mis en ligne, merci pour votre patience.




Editions Wildproject
numéro 4 | 2009
ONDES DU MONDE :
TERRITOIRES SONORES DE L'ECOLOGIE

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Vancouver Soundscape Project
La notion de "paysage sonore" est apparue en 1973 à l'université Fraser au Canada.

 

« Entendre l'environnement sonore comme une composition musicale
- une composition dont nous serions en partie les auteurs. »
RAYMOND MURRAY SCHAFER



Edito
HARMONIA MUNDI


Voici maintenant quelque années que l’on voit fleurir, entre naturalisme, création radiophonique et musique concrète, un certain nombre de pratiques sauvages de création sonore aussi rafraîchissantes qu’inclassables. En général très liées à la démarche personnelle de l’artiste qui les porte, ces pratiques sonores ont en commun de s’intéresser aux sons du monde naturel en priorité, et de se méfier de la distinction entre bruit et musique. Une grande diversité de sensibilités et  de pratiques se cachent derrière la notion, un peu vague, de « paysage sonore » – dont témoigne par exemple l'abondance de sites sur Internet.

Avec l'écologie sonore, on est d'entrée dans le sensible, et dans le divers. Tellement dans le sensible, et tellement dans le divers, que cela a d'ailleurs parfois limité le travail d'unification théorique, donc de lisibilité – et la constitution d'une communauté en a été ralentie d'autant : car plus on est dans l'ineffable, moins on y est ensemble. Mais si la cartographie de l'écologie sonore est délicate, elle n'est pas impossible. Entre musique et biologie, entre éthologie et géographie, pont unique entre le monde de l'art et le monde des sciences, l'écologie sonore est un des nouveaux territoires ouverts par ce que l'on appelle, chez Wildproject, "l'écologie culturelle".

Le propos de ce numéro est double : d’abord nous balader, de façon sensible, dans quelques-uns des territoires, réels et imaginaires, de l’écologie sonore ; mais aussi, au fil des rencontres, expliciter des notions-clefs (voir notre proposition de glossaire), rappeler le travail de quelques grands théoriciens, s'entendre sur quelques cadres théoriques, de façon à contribuer à rendre les territoires de l'écologie sonore mieux balisés et plus accessibles – sans rien enlever, on l'espère, à leur sauvagerie.

Le paysage sonore, c’est par exemple la documentation sonore du monde animal – dans ce cas, on parlera d’audionaturalisme, voire de biophonie ; Fernand Deroussen en est un représentant français, Bernie Krause, un pionnier américain. Cela peut être aussi un mode de découverte et d’exploration des lieux, parfois en marchant, micro à la main, dans le cadre de "promenades sonores" (soundwalks). A la croisée des territoires et des animaux, du documentaire et de la création sonore, de nombreux artistes – citons Yannick Dauby (lire son article "Ecoute et mondes animaux"), Cédric Peyronnet (lire entretien "Le temps du son"), Etienne Noiseau ou Pierre Redon (lire entretien "L'expérience des lieux") – mènent des démarches à la fois proches et toutes singulières. On peut enfin évoquer une autre pratique, plus marginale : la réception radiophonique des ondes électro-magnétiques émises par l’univers, la "radio naturelle" de l’artiste canadien Jean-Pierre Aubé (écouter "Chants magnétiques", un documentaire de Matthieu Crocq sur Arteradio).

Selon les cas, telle ou telle dimension de cette démarche est plus accentuée ; presque toutes sont parfois réunies, comme par exemple dans le gigantesque collage sonore des "Nuits de la Phaune", projet mené depuis septembre 2008 par Euphonia, le studio de création sonore de la radio culturelle Radio Grenouille, à Marseille.

Derrière cette variété de pratiques, qui ne revendique pas toujours le label d'écologie sonore, et qui se réclame encore plus rarement de son fondateur, le Canadien Raymond Murray Schafer, un mouvement semble à l’œuvre, qui intègre l'approche écologique du monde naturel à l'univers du son, mais qui invite surtout à penser la naturalité du son.

Pour l'auteur de The Tuning of the World (Le Paysage sonore), il s’agit d’opérer une véritable révolution dans notre écoute du monde ; et cette révolution présente une parenté nette avec celle que propose la philosophie de l'écologie. De même que le philosophe norvégien Arne Naess, père de l'écologie profonde, propose de penser l'humain comme partie prenante de la nature, de même Raymond Murray Schafer, fondateur de l'écologie sonore – et du reste exactement à la même époque, au début des années 1970 –, invite à écouter le son de la nature comme une "composition musicale", et à intégrer à cette composition les sons que nous produisons, nous autres les hommes. Non seulement l'écologie sonore réhabilite une approche esthétique, et spiritualisée, du monde naturel, mais elle refuse de penser séparément de la nature les hommes et leurs machines - voitures, usines, micros, radios.

Prolongeant une idée majeure de la musique concrète inventée par Pierre Schaeffer, qui nous a appris à ne pas tenir pour évidente la distinction entre musique et son, Murray Schafer réancre le son dans sa naturalité. Refusant de penser le son à partir de ses modes de production techniques, qui sont pour lui secondaires, il baptise "schyziphonie" cette capacité dans laquelle nous sommes depuis un peu plus d’un siècle, qui nous permet de séparer un son de sa source de production. Ce qui est une autre façon de rappeler que le son est d'abord émis par une source, que cette source est située dans le monde, et que le monde est une réalité naturelle indépassable.

Du reste, la radiophonie consiste à transformer le signal sonore (composé de vibrations de l'air) en signal électro-magnétique, qui peut voyager dans l'air ; et nous avons découvert ainsi que l'univers était plein de ces ondes électro-magnétiques, que nous pouvions tranformer en son, à l'aide d'un tuner. En apprenant à faire voyager le son, nous avons également découvert que l'univers était plein de sons inouïs. Fini le "silence de ces espaces infinis" de Pascal; les angoisses des modernes laissent de nouveau place à la joie des Anciens et réhabilitent au sens le plus musical et le plus contemporain du terme l'harmonia mundi.

Rédacteurs en chef invités de ce numéro : Etienne Noiseau, artiste sonore, et Matthieu Crocq, documentariste radio.

Wildproject, mars 2009






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From natural to human sciences, urbanism to contemporary art, wildproject is a journal of environmental studies grounded in environmental philosophy.

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