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Les n° 1 à 3 seront prochainement mis en ligne, merci pour votre patience.




Editions Wildproject
numéro 7 | 2010
MIX PRINTANIER : ART ET SCIENCE, VILLE ET NATURE

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Peter Richards, Arbor Vitae, 1999.
Granit noir poli 30 x 38 cm, gravure à partir d'une image satellite de l'état du Colorado prise à 560 km au-dessus de la terre.


Où nous sommes
Entretien avec Sue et Peter Richards, artistes

 

L'artiste Peter Richards est l'un des concepteurs du projet "Invisible Dynamics", porté par l'Exploratorium de San Francisco. Invisible Dynamics est un projet interdisciplinaire qui invite des équipes de recherche art/science à explorer les systèmes et les comportements, à la fois urbains et naturels, qui font la singularité de la baie de San Francisco. Entre art, design, géographie culturelle, cartographie, sociologie, archéologie, hydrologie, écologie, sciences de la mer et histoire, ce projet requiert une vaste gamme de technologies de l'information, et invite les équipes de recherche à explorer et à concevoir des méthodes interprétatives de recherche, de système de détection, et de cartographie.

En tant qu'artiste comme en tant que producteur culturel, Peter Richards explore depuis bientôt quatre décennies la relation art/science appliquée à l'approfondissement de notre connaissance et notre compréhension des lieux - "places", "sites", "landscape", "geography". L'une des singularités de son travail est de se situer au confluent du mouvement américain du sense of place ("sens des lieux") et du rapprochement, déjà ancien, entre art et science.

Ce qui est commun à l'artiste et au scientifique, ce n'est pas seulement le rapport au bricolage et à la technique : c'est d'abord, pour Peter Richards, le partage d'un monde physique où nous sommes.

En résidence à Marseille à l'Institut méditerranéen de recherches avancées (IMéRA), Sue et Peter Richards explorent en ce moment la ville en quête d'un site.

 

Vous vous intéressez dans votre travail aux “éléments dynamiques” d’un site. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Les éléments dynamiques d’un site, ce sont les choses qui changent ou qui sont en flux, ou encore cyliques dans la nature. Cela inclut les marées, les vents, la lumière et l’ombre, par exemple. Mais en tant qu’artistes, Sue Richards et moi-même nous intéressons aussi aux aspects historiques et sociologiques qui peuvent également être dynamiques et cycliques.

 

“Orgue de vagues” est une sculpture sonore située sur la baie de San Francisco qui crée une sorte de jardin sonore à partir des éléments. Quelle est l’histoire de ce travail ?

Le concept de l’orgue de vagues est né d’un curiosité pour la dynamique des vagues et son potentiel musical. J’avais écouté des enregistrements musicaux créés par du mouvement d’eau dans des chambres closes. Grâce à une exposition sur le thème de la résonance au musée l’Exploratorium (où je travaille), j’ai mieux compris ce phénomène et j’ai commencé à faire des expériences. Je rçus une aide du National Endowment for the Arts, et Franck Oppenheimer, le directeur du musée, leva des fonds pour une installation permanente.

L'endroit était situé près du musée au bord de la baie de San Francisco. J’ai fait appel à George Gonzales, artiste et tailleur de pierre, qui a transformé le site en un jardin sonore. J’ai conçu et réalisé les tuyaux de l’orgue et les ia incorporé à ce jardin. La musique des vagues est créée par la turbulence de l’eau qui entre et sort dans les tuyaux en créant une superbe qualité de son – parfois semblable à des sons électroniques. La nature de la musique est déterminée par la relation de la lune à la terre (marées) et par celle de la terre au soleil (saisons).

 


Peter Richards et George Gonzalez, "Orgue de vagues", San Francisco.

 

Quelle est l’idée principale du projet au long cours intitulé “Dynamiques invisibles”, sur lequel vous travaillez en ce moment?

L’idée principale est de révéler les systèmes invisibles qui font la singularité d’un lieu. Cela inclut des systèmes naturels et des systèmes faits par l’homme. Cela peut par exemple être le temps qu’il fait, la tectonique, la démographie, la communication, le transport, les courants marins, etc. Considérés tous ensemble et éventuellement cartographiés par des calques, ils peuvent donner une idée plus complète de la façon dont fonctionne un lieu. « Dynamiques invisibles » est une méthodologie transdisciplinaire en évolution, qui est développée à l’Exploratorium, musée consacré aux sciences, à l’art et à la perception humaine. Nous développons cette méthodologie pour favoriser auprès des gens une meilleure compréhension des lieux où ils vivent.

Le nom complet du projet est « Dynamiques invisibles, la science comme sens du lieu », et nous espérons qu’il permettra de développer l’engagement public dans les processus de mutations urbaines. Tout cela repose sur la conviction selon laquelle un engagement actif du public peut aider la culture et le paysage à co-évoluer de façon soutenable, vivable et créative.

 


Peter Richards, Pole field, Palo Alto, 1991.

 

Vous vous référez à la notion de « sens du lieu ». Pourriez-vous définir pour le lecteur français l’esprit de ce mouvement culturel spécifiquement américain ?

La question que vous posez a suscité ici l’écriture de nombreux livres. Je pense que J. B. Jackson est une source intéressante pour trouver les idées fondamentales du « sens du lieu ». Il est le fondateur de Landscape, une revue de géographie du début des années 1950, et il s’intéressait tout particulièrement aux changements provoqués sur le paysage par l’habitation humaine. « Plus je vieillis, et plus je regarde les paysages pour chercher à les comprendre, plus je suis convaincu que leur beauté n’est pas simplement un de leurs aspects, mais leur essance même – et que leur beauté dérive de la présence humaine.

Pour moi, le « sens du lieu » est lié à une intégration de l’imagination humaine la plus créative, à un lieu physique. Ce sens du lieu peut se manifester à travers la manipulation physique du lieu, ou peut aussi être le résultat de choses intangibles, comme l’histoire, les récits, ou la beauté physique. Mais je reconnais ce sens du lieu lorsque je le trouve ou lorsque je le crée, et il se peut qu’il ne soit pas là lorsque je n’y suis pas – c’est donc une émotion très personnelle.

 

Comment se fait-il que vous ne mentionniez quasiment jamais le land art, qui est fondateur sur la question des sites en art ?

J’essaie d’éviter les étiquettes, parce que dès qu’on aligne son travail sur un mouvement, des exceptions ou des contradictions apparaissent. D’un point de vue professionnel, le risque est que cela limite les possibilités d’explorer de nouvelles situations et de dépasser les limites des œuvres du passé.

 


Projet "Hidden ecologies" ("Ecologies secrètes") dans le cadre du programme Invisible Dynamics. "Ecologies secrètes" est une expérimentation de terrain de l'architecte Cris Benton, du microbiologiste Wayne Lanier, et de la commissaire indépendante Marina McDougall. En fusionnant des vues obtenues à partir de photographies prises depuis un cerf-volant grâce à un processus micro-cinématographique, Ecologies secrètes cartographie trois géographies de marais salants de la baie de San Francisco.

 

En tant que directeur des résidences d’artistes, de 1974 à 1998, à l’Exploratorium à San Francisco, vous êtes un observateur privilégié des relations entre art et science. Comment ce champ de pratiques se développe-t-il ?

Le travail que nous avons soutenu dans le domaine art/science était au départ très influencé par les Expériences en art et technologie (EAT) fondées par Billy Kluver au laboratoire Bell. Il tâchait de créer des collaborations entre artistes, scientifiques et ingénieurs. Nous avons aussi travaillé avec le Centre des études visuelles avancées du MIT.

Il y avait donc pas mal de choses qui se passait aux USA dans le domaine des relations art/science dans les années 1970, et qui influencèrent ce que nous faisions. Nous nous intéressions davantage aux artistes qui jouaient avec les phénomènes physiques, plutôt qu’aux tour de force technologiques. Il me semble. Il me semble qu’aujourd’hui, il y a une compréhension plus généralisée de l’importance de coupler l’art et la science. Il y a désormais une large communauté internationale d’artistes qui sont impliqués, et qui ont le soutien de la communauté scientifique. Ce réseau et sa solidité doivent d’après moi être largement attribués à Roger Malina et à la revue Leonardo.

 


"Cabspotting" ("Taxipuce") est un système en ligne de traçage anonyme et d'enregistrement des taxis sur le périmètre de la baie de San Francisco, qui veut explorer de façon créative les datas enregistrées. Projet dirigé par Scott Snibbe et conçu et développé par Stamen Design. Cette image fait apparaître 5 744 623 trajets de taxis (positionnements GPS individuels), enregistrés au cours de 31 jours (44 640 mn) du 21 mars au 21 avril 2007.

 

Que faites-vous à Marseille?

Nous sommes en résidence à l’Institut méditerranéen de recherches avancées (IMéRA) et nous faisons de la recherche à partir des principes du projet Dynamiques invisibles, dans l’espoir de créer ici un jour une œuvre site-responsive.

 

Quel est votre endroit préféré sur terre?

C’est une question difficile. Je m’intéresse tellement aux lieux qu’il m’est difficile de dire que l’un est le meilleur. Mais en tant qu’artiste, je me rappelle tout particulièrement une installation temporaire que j’avais faite dans une bosquet de séquoïas en Californie. J’ai construit un canal pour conduire de l’eau d’une rivière vers un moulin, puis du moulin vers la rivière. Tout fonctionnait bien dans cette situation : l’histoire, les arbres, l’eau et l’œuvre. Je me suis senti particulièrement bien ici. En tant qu’artiste, mon but est de retrouver ce sentiment – de me créer un nouvel endroit préféré.

Wildproject, mai 2010

 

Site d'Invisible Dynamics







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