1492 : l'occultation de l'autre

Aux origines du mythe de la modernité

Enrique Dussel

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1492 : l'occultation de l'autre

Aux origines du mythe de la modernité

Enrique Dussel

Le monde qui vient

avril 2026

978-2-38114-105-3

288 pages

25 €

À paraître le 17 avril 2026

Traduit de l’espagnol par Emmanuel Levine

Comment les Européens ont-ils légitimé leurs conquêtes américaines dévastatrices ? Comment les Indiens ont-ils vécu et compris cette invasion catastrophique ? À partir de nombreuses archives et chroniques, le philosophe argentin Enrique Dussel dévoile le mythe de la modernité comme violence sacrificielle systématisée.

Proposant une lecture des événements du point de vue des systèmes de pensée amérindiens, il restitue une histoire dans laquelle les comportements des colons européens apparaissent incompréhensibles et irrationnels.

À la fois enquête historique et essai philosophique, 1492 rassemble les principes d’une « transmodernité » à venir : décolonisation des savoirs, dialogue interculturel et solidarité libératrice à l’échelle de la planète.

Issu d’une série de conférences données en 1992, ce livre reste d’une cruelle actualité. Lu, traduit et pratiqué dans les milieux critiques des Suds et des Nords, il contribue partout à déboulonner le vieil eurocentrisme et les illusions du progrès.

Un classique fondateur des pensées décoloniales

L’auteur

Enrique Dussel (1934-2023) est un philosophe, théologien et historien argentin, naturalisé mexicain. Auteur de 50 livres, traduits dans plus de six langues, il est l’un des penseurs latino-américains les plus prestigieux et les plus influents. Son œuvre monumentale, à la fois éthique, politique et esthétique, constitue le fondement d’une pratique de libération et a inspiré le mouvement décolonial.

On en parle

L’héritage d’Enrique Dussel

« Aux quatre coins du monde, la réflexion du fondateur de la philosophie de la libération rencontre un écho considérable. »
Octave Larmagnac-Matheron, Philosophie Magazine

« Dussel est l’un des grands critiques du mythe de la modernité qu’il fait reposer, depuis 1492, sur une occultation/négation de tout Autre par la conscience occidentale. »
Philippe Colin, historien

« Enrique Dussel a élaboré une analyse novatrice, de nature éthique, politique et économique, de la tradition issue de Marx et un dialogue avec la phénoménologie, Levinas, Apel, Vattimo ou Habermas, qui ont fait de lui l’un des plus célèbres penseurs latino-américains. »
Robert Maggiori, Libération

« Le plus grand philosophe latino-américain, figure méconnue du public français, est mort à Mexico, le 5 novembre 2023, à l’âge de 88 ans. Réputé dans le monde entier pour être à l’origine des études décoloniales, il est aussi l’un des fondateurs du plus important courant philosophique d’Amérique latine : la philosophie de la libération. »
Emmanuel Levine, Le Monde

« Enrique Dussel était un philosophe et théologien argentin, d’une grande notoriété en Amérique ­Latine, et notamment au Mexique où il s’exila en 1975 après avoir été menacé de mort par l’extrême-droite argentine. Dussel a inlassablement affirmé et documenté l’existence d’une dimension métaphysique propre aux enjeux anticoloniaux, postcoloniaux, décoloniaux. “Initier un discours philosophique qui parte de la périphérie, qui parte des opprimés” : tel était le mot d’ordre, dès 1977, de la philosophie de la libération. »
lundi matin

« On pourrait appeler ce corrélat du colonialisme et de la conquête une colonisation épistémique, contre laquelle, avec Dussel comme inspiration, émerge ce que Walter Mignolo et Nelson Maldonado-Torres appellent le tournant décolonial. »
Lewis Gordon, philosophe (Jamaïque et États-Unis)

« L’œuvre gigantesque d’Enrique Dussel – qui ne cesse de s’autocritiquer – a été construite selon une architecture complètement différente de celle des grands monuments de la pensée sédentaire. On pourrait la décrire comme un volcan émergeant des profondeurs, une pensée qui va “du bas vers le haut”, défiant les diktats de la mode et ne succombant pas aux tentations élitistes de l’isolement dans une tour d’ivoire. »
Silvana Rabinovich, philosophe (Mexico)

« À l’origine du projet Modernité/Colonialité, dans les années 1990, avec des intellectuel-le-s tels que Aníbal Quijano et Walter Mignolo, Dussel a remis en question l’idée de la “Découverte” comme “Rencontre”, lancée par l’intellectuel mexicain León-Portilla à l’époque du cinquième centenaire du débarquement de Colomb. Sa propre conception fait apparaître la Conquête comme un processus d’occultation. »
Claudia Bourguignon Rougier, latino-américaniste

« L’idée de transmodernité est en partie conçue pour raconter à nouveau l’histoire de l’Europe en incorporant le rôle de son Autre dans sa propre formation, ce qui constitue un récit plus précis et plus cohérent. Mais il s’agit aussi de raconter à nouveau l’histoire du monde sans formation centrée, qu’elle vienne d’Europe ou d’ailleurs ; personne ne devient le centre permanent ou la périphérie persistante. Ainsi, l’idée de transmodernité offre une solidarité à la place de la hiérarchie, une solidarité qui s’étend même à la modernité européenne. »
Linda Martín Alcoff, philosophe (Panama et États-Unis)

« Enrique Dussel est l’un des penseurs centraux du tournant éthico-politique décolonial et son œuvre compte parmi les travaux essentiels qui contribuent à définir et à consolider le projet inachevé de la décolonisation. »
Nelson Maldonado-Torres, philosophe (Porto-Rico)

« L’objet principal de la philosophie décoloniale de l’histoire est la modernité et, plus précisément, l’envers obscur de la modernité. Selon le philosophe argentin Enrique Dussel, elle ne commence pas avec les Lumières, ni avec la révolution industrielle. Elle débute en 1492 avec la pseudo-découverte des Amériques. »
Norman Ajari, philosophe

« Le philosophe Enrique Dussel, notre ami et notre camarade, a grandement contribué à la création de notre mouvement de transformation. Il restera dans les mémoires pour la grande affection, la grande tendresse de ses actions. »
Andrés Manuel López Obrador, ancien président du Mexique

« Enrique Dussel démontre que l’ego cogito cartésien (“je pense, donc je suis”) est précédé de 150 ans par l’“ego conquiro” impérial (“je conquiers, donc je suis”). La condition de possibilité – politique, économique, culturelle et sociale – pour qu’un sujet ait l’arrogance de parler comme s’il était l’œil de Dieu, c’est une situation géopolitique de colonisateur/conquérant, c’est-à-dire d’être impérial. »
Ramón Grosfoguel, sociologue (Porto-Rico)

« Enrique Dussel et les penseur·ses de la théorie décoloniale d’Abya Yala (Amérique latine) effectuent un décentrement de l’histoire de la modernité en plaçant son origine à la fin du 15e siècle. Dans la perspective décoloniale, la modernité naît dans les Amériques en 1492, et elle est la face manifeste de la colonialité. En d’autres termes, il n’y a pas de modernité sans colonialité. »
Lissell Quiroz, historienne

« Dussel propose une critique des moments irrationnels des Lumières en tant que mythe sacrificiel non pas en niant la raison mais en affirmant la raison de l’autre – c’est-à-dire en identifiant la raison postcoloniale comme une situation d’énonciation toujours différenciée. »
Walter Mignolo, sémiologue (Argentine)

« 1492 est la réponse que donne l’Amérique latine au mythe de la modernité européenne, son mythe de bonté, d’innocence, d’utopie rédemptrice et émancipatrice, de création de nouveauté et de culture. Le mythe de la modernité est en réalité celui du sacrifice de l’Autre sur l’autel de la civilisation. Il est pour l’Autre, son Autre américain, le mythe prédateur que fantasment en bande des agresseurs génocidaires, qui ne parviennent à détruire des civilisations millénaires que par une duplicité et une violence sans limite. Un mythe dont la force de mort n’a cessé de s’exercer depuis 1492 dans toutes les guerres “justes” menées par l’Occident au sacrifice de la vie de millions d’innocents. »
Jean-Christophe Goddard, philosophe, 2026

Sommaire

Prologue

Première partie 
Partir de l’ego européen : l’occultation

  1. L’eurocentrisme
  2. De l’invention du Nouveau Monde à sa « découverte »
  3. De la conquête à la colonisation du monde de la vie
  4. La conquête spirituelle : une rencontre entre deux mondes ?

Deuxième partie 
La révolution copernicienne du point de vue herméneutique
5. La critique du mythe de la modernité
6. L’Indo-Amérique dans une vision non eurocentrée de l’histoire mondiale

Troisième partie :
De l’invasion à la « découverte » de l’Autre
7. De la parousie des dieux à l’invasion
8. De la résistance à la fin du monde et au sixième soleil

Épilogue
L’unité d’un peuple aux multiples visages

Annexes